Le Cheikh Sidi Hamza al-Qâdiri Boudchich :
Naissance et parcours académique :
Sidi Hamza al-Qâdiri Boudchich naquit en 1922 dans le petit village de Madagh, situé dans la région de Berkane, au nord-est du Maroc.
A quatorze ans, il terminait d’apprendre le Coran. Il poursuivit à Oujda des études de grammaire, de jurisprudence en droit islamique, d’exégèse du Coran et des traditions prophétiques – hadith.
De retour à Madagh, il approfondit encore ses connaissances livresques pendant quatre années, auprès de deux grands savants de Fès installés à la zawiya. Il poursuivit ses études ensuite dans la Grande Mosquée traditionnelle d’Oujda qui était rattachée à la très réputée université Al Qarawiyyine, la plus ancienne université au monde. Suite à ce parcours richissime, il fut chargé d’enseigner les sciences religieuses comme la grammaire, le droit et la biographie prophétique.
Sidi Hamza, dans la voie de l’initiation
Sa soif spirituelle allait être bientôt étanchée par la rencontre de celui qui allait devenir son guide, Sidi Abû Madyan, un lointain cousin vivant humblement dans les montagnes voisines des Beni Yeznassen et qu’il rencontra la première fois en 1939. Ce dernier accepta sur la demande de Sidi Abbas (père de Sidi Hamza) de venir s’installer à Madagh, leur lieu de résidence. Les conditions extérieures furent ainsi réunies pour qu’une transmission d’un ordre subtil puisse s’opérer entre le maître et ses deux nouveaux disciples. Cette nouvelle ère spirituelle commença précisément en 1942.
Sidi Abû Madyan avait une grande affection pour Sidi Hamza et lui confia un jour : “ Cet amour que j’ai pour toi, c’est celui que ressentait le Prophète Jacob pour son fils Joseph ”. Sidi Hamza resta quatorze ans auprès de Sidi Abû Madyan, partageant ses repas, veillant sur sa santé et restant assidu dans la pratique du Dhikr et s’occupant inlassablement de la gestion des affaires de la Zawya.
Durant ces années, il goûta à toutes les étapes de la progression spirituelle, jusqu’aux plus hauts sommets de la réalisation intérieure. Après la mort de Sidi Abû Madyan, Sidi Hamza devint, en même temps que son père, héritier du dépôt spirituel. Fils respectueux et disciple accompli, il n’assumera cependant les fonctions auxquelles il était destiné qu’au moment voulu par Dieu et dans le respect total des indications de son père.
Sidi Hamza, le maître réalisé :
Sidi Hamza s’enracina donc dans la voie avec un état de profonde humilité et un esprit de service, jusqu’au moment où il fut autorisé à prendre la direction spirituelle de la tariqa, à la mort de son père en 1972.
Sidi Hamza, renouvela ainsi l’autorisation dans la pratique du Dhikr dans ses différentes facettes :
lecture du Coran, prière sur le Prophète PSSL (notamment à travers la lecture du recueil des prières sur le Prophète Dalail Al Khayrat), Allatif, Al Istighfar, ainsi que d’autres formules.
Si le chemin de Sidi Abû Madyan était placé sous le signe de l’épreuve et de la rigueur, celui de Sidi Hamza s’inscrivit autour de la Miséricorde et de la beauté. De même, si l’enseignement de Sidi Abû Madyan était destiné à une poignée de disciples, celui de Sidi Hamza revêtit un caractère plus large et universel. Au cours des années 1980, la modeste zaouïa de Madagh se métamorphosa en un vaste lieu de retraite destiné à accueillir les disciples dont le nombre ne cessait de croître.
Depuis les années 1990, l’enseignement de Sidi Hamza s’est étendu au-delà des frontières du Maroc.
Sous l’impulsion première des disciples marocains présents sur les sols européen et américain, la voie s’est progressivement répandue et a su notamment attirer des centaines de personnes de confessionnon musulmane, touchées par un message empreint d’authenticité, d’ouverture, de respect et de fraternité, concrétisant ainsi sa célèbre parole : « Notre voie est une voie universelle ». Elle revêt désormais une dimension internationale et universelle que l’on peut mesurer chaque année lors de la cérémonie de la naissance du Prophète Muhammad PSSL– Mawlid an-Nabawi – qui attire à Madagh plusieurs dizaines de milliers de disciples venus des quatre coins du globe ainsi que des grands universitaires et des savants venus pour assister aux rencontres mondiales de soufisme évènement exceptionnel organisé par la voie.
Sidi Hamza, l’homme de paix et d’amour de la patrie :
Son appel incessant au vivre ensemble et au devoir d’aimer et d’accepter l’autre quelle que soit son origine ou sa croyance, lui permirent d’obtenir en 2015, le titre d’ambassdeur international de la paix, décerné par la Fondation internationale de la paix affiliée à l’ONU. A ce propos, on lui doit cette autre célèbre parole : « Aimez toutes les créatures, quelles que soient leur religion, leur race ou leurs opinions! Chacun est à la place où Dieu l’a mis et il ne nous appartient pas d’en juger ».
Il dit également : « les fleurs sont multiples mais l’eau est unique ». Quant à son patriotisme, Sidi Hamza défendait vigoureusement les valeurs et les intérêts de son pays.
A l’image de ses ancêtres, notamment Sidi Lmokhtar, chef de la résistance anti colonialiste dans les tribus de Bani Yeznassen, Sidi Hamza s’inscrivit dès son jeune âge dans le mouvement de résistance et de libération nationale. Il apporta également une aide précieuse aux troupes militaires en leur fournissant les provisions, le matériel logistique et en leur apportant asile et sécurité. Son soutien inconditionnel et désintéressé aux valeurs fondamentales de son pays et notamment la monarchie religieuse (imarat al muminines) ont toujours dicté ses actions et son appel aux disciples d’aimer le Roi, de prier pour lui ainsi que pour le pays pour l’accroissement de ses richesses et la préservation de ses frontières.
La lettre de Sa Majesté le Roi Mohamed VI adressée suite à son décès atteste à cet effet, des valeurs spirituelles de cet Homme. Il dit notamment : Sa confrérie était l’une des sources de purification spirituelle empruntant la voie du juste milieu, à laquelle Nous appelons en Notre qualité de commandeur des croyants ». Avant de rajouter : « Il prônait et plaidait pour la prise en compte de l’essence de la religion qui consiste en la fidélité au culte, la consécration des constantes spirituelles du Royaume et le soutien de son processus de stabilité et de progrès ».
Sidi Hamza et après :
Au cours de l’année 2016, des complications au niveau de la santé l’obligèrent à être hospitalisé, avant de partir, un matin du 18 janvier 2017, pour rejoindre ses glorieux prédécesseurs auprès de son Seigneur en laissant derrière lui un héritage scientifique et spirituel incommensurable ainsi que l’héritier de son secret spirituel son propre fils agréé docteur Moulay Jamal Eddine qui continue sur la même lancée que son prédécesseur déployant tous les efforts pour concrétiser ce qu’il considère être le véritable projet de la voie, à savoir « que chaque disciple devient une miséricorde pour les univers ».
