L’Imâm Muslim rapporte dans son Sahîh: le bien aimé Prophète (paix et salut sur lui) a dit:
« les gens du Maghreb resteront triomphant pour la vérité jusqu’au jour du jugement »
Les Béni Snassen
Le Djebel des Béni Snassen, devint le point de chute, du 12éme au 18éme siècle, des ancêtres de Sidi Hamza, originaires de l’Irak. Ce massif montagneux fut le témoin de grandes migrations arabes venues du Moyen Orient, ce fut ainsi, un point de rencontre entre arabes et berbères. La tribu des Beni Snassen est une fraction de la grande famille berbère des Zenata, repoussée par la conquête arabe. Sidi Ali Qadiri, qui comme son nom l’indique est apparenté à Abdel Qadir al-Jilani, fondateur éponyme de la Qadiria, l’une des grandes confréries soufies du monde musulman. Abdel Qadir al-Jilani fut considéré comme un pôle et un Secours en son temps. Originaire du Djilan (Iran), il mourut à Baghdad au 12éme siècle, sa voie a rayonné partout dans le monde et notamment au Maroc.
Origine du nom Boudchich
Sidi Ali Qadiri est le premier ancêtre arrivé au Maroc, il s’installe dans un village du massif des Béni Snassen où il construit sa zawiya et commence à transmettre l’enseignement de la tariqa al Qadiriyya. A la suite d’une famine, qui s’abattit sur la région, sa zawiya devint un refuge pour les affamés à qui l’on servait du blé concassé, appelé dchicha; c’est pour cela qu’on le surnomme Sidi Ali le Boudchichi. Autre version selon les hagiographes de la tariqa : un wali de la région aurait invité Sidi Ali et les convives à un repas. La Coutume consistait à servir la dchicha comme avant plat principal. Tous les convives se réservent pour les autres plats, seul Ali mange la dchicha à sa faim. Le wali déclara « c’est Boudchich qui l’emporte », pour dire que c’était lui le futur dépositaire de la baraka qu’il allait transmettre. Il s’agissait en réalité d’un concours spirituel afin de faire reconnaître aux gens de la région son successeur spirituel. Les Béni Snassen ont alors reconnu l’autorité des Boudchich qui ont eu plusieurs prodiges et font preuves de piété et de pureté vis-à-vis d’Allah. La zawiya ne fut pas seulement un refuge pour les pauvres et les affamés mais aussi une école (madrasa) où l’enseignement de la religion (droit musulman, Sîra, théologie) était assuré par d’éminents savants de la région et l’enseignement spirituel des disciples était assuré par les Shuyûkhs qui se sont succédés sur la Zawiya de Madagh.
Sidi AL MOKHTAR et la résistance
1907 était l’année de l’occupation d’ Oujda par les colons français. Sidi Al Mokhtar, dont l’influence est forte dans la région, organise la résistance contre les forces françaises et prêche la Guerre Sainte jusqu’au 31 décembre 1907, date de son emprisonnement par le général Lioté. Parmi les prodiges de ce saint soufi est que les traitres indiquent son endroit aux colons, mais ces derniers une fois sur place, ne le voyaient pas alors qu’il y était!
Il meurt en 1914, à Madagh où se trouve sa tombe.
Sidi ABU MADYAN et la quête mystique
Cousin de Sidi al-hadj Mokhtar, dont il reçu l’enseignement alors qu’il combattait contre les français. Depuis trois générations, l’enseignement qadiri était tombé dans la voie du tabarouk (bonnes grâces): tariqa qui a perdu le secret de l’initiation spirituelle (sirr), permettant d’accéder à la réalisation spirituelle. En général quand le maître meurt sans successeur, la voie tabaruk, se réduit à la connaissance théorique des principes de la loi et la pratique du dhikr afin d’attirer les bonnes grâces et la baraka, d’où le nom de tabaruq. Insatisfait, de l’enseignement, Sidi Abu Madyan (R) part en quête d’un maître vivant, dans une période où il n’y avait pas de saint, ni de maître manifesté.
Il eut plusieurs maîtres dont :
–Sidi Mehdi BEL’ARIANE : un jour où Sidi Boumedienne rendait visite à un faqih (maître) du coran, celui ci lui dit que s’il veut enfin rencontrer son maître, il doit faire la visite d’un sanctuaire, à la prière de l’aube. « Accomplis la visite de ce sanctuaire et en ressortant tu trouveras celui que tu cherches. »
« Sidi Boumedienne ne dort pas cette nuit là, il attend avec impatience le moment venu. En sortant du sanctuaire, il aperçoit un homme à dos de mule »voici le pôle (qutb) que tu cherches « Que veux-tu que le qutb te fasses? » Etonné, de voir que celui qu’il cherchait n’était autre qu’un homme, dont il avait une piètre opinion et qui était de surcroît son voisin, il se jette à ses pieds et l’embrasse tout en pleurant. A la question que lui pose Sidi Boumedienne, Sidi Bel’Ariane répond « Le moment n’était pas encore venu. Viens maintenant je vais te transmettre ce dont tu as besoin » rapporté par Sidi Hamza qui ajoute qu’en réalité Sidi Bel’Araine était un malamati, sage de Dieu qui se cache sous l’apparence de comportements étranges, choquants; il avait la réputation d’un libertin, bouffon, qui aimait plaisanter. Il eut de lui la station de Alfana (extinction en Dieu);
Après cette expérience, Sidi Abu Madyan (R) rencontra son second maître
–Sidi Ahmed LAHLOU, à fès :
Lorsqu’il lui donna le dhikr, Sidi Abu Madyan (R) eut un hal (état d’extase) intense, extérieur.
Sidi Abu Madyan (R) pris ensuite les secrets de l’adoration et le respect strict de la loi divine (Charia’) de Sidi Attaib Acharki, il pris après le Wird de la Tijaniya de Sidi Mohammed Ben Moussa le Moqadam de la Tijaniya à Ahfir. Il eut un contact spirituel avec le maître Youssef ben Ismail Annabahani grand maître de la qadiria en Syrie (Celui ci a lui même témoigné de ce contact quand un des disciples de Sidi Abu Madyan (R) se rendit à une mosquée en Syrie, Annabahani le vit et lui demanda d’où il venait, le disciple lui répondit qu’il venait du Maroc, alors le maître lui confirma qu’il avait un contact spirituel (Bâtin) avec Sidi Abu Madyan (R))
Ainsi, grâce à Sidi Abu Madyan (R), la tariqa Qadiria Boudchichia a des origines Qadiri, Chadhili et Khalwati.
Sidi Abu Madyan (R) accomplit sa quête, obtient le « idhn » (autorisation divine) et le « sirr »; sort la voie Qadiri du tabarruk vers le statut de voie d’éducation (Tarbiyya) et va transmettre son enseignement à Sidi al Hadj ‘Abbas et Sidi Hamza.
