Saydatuna Aicha (radhi Allahou ‘anha ) fut le 3ème épouse dans la vie du prophète de l’islam (PSL), elle y tient une place toute particulière dans la mesure où elle présentait des qualités humaines et intellectuelles rares ce qui en fit sa préférée après la mort de Khadija.
Sa vie et l’ enseignement qu’elle nous laisse sont précieux pour les croyantes car elle représente la quintessence de la femme musulmane, tant sur le plan de sa générosité et de son dépouillement que sur le plan de son intelligence et de sa force de caractère.
Elle est une inspiration spirituelle pour toute femme musulmane.
Comme chaque épouse, elle a le titre de «mère des croyants», « Oummahatoul Mou’minine »:
« Le Prophète PSL a plus de droit sur les croyants qu’ils n’en ont sur eux-mêmes ; et ses épouses sont leurs Mères.) » sourat El Ahzêb (Les Coalisés), V. 6.
Il est aussi dit dans le Coran : « Ô femmes du Prophète ! Vous n’êtes comparables à aucune autre femme » Sourat 33 V.32
Ceci montre la prééminence et la valeur inestimable de chacune des épouses du prophète (sws), que penser alors de Sayidatuna ‘Aicha (ra) qui était sa favorite ?
I. L’enfance et l’éducation de Saydatuna ‘ Aicha (ra)
Elle serait née dans la période pré islamique c’est à dire avant la révélation, environ en 610 de notre ère. C’est la deuxième fille (après Asma (ra)) du premier compagnon de l’Islam, Abu Bakr As siddiq qu’il eut avec son épouse Oum Ramman (ra). C’est des mains de Sayidatuna Khadija (ra), la première épouse du Prophète (PSL) qu’elle est née car l’accouchement d’Oum Ramman s’annonçait difficile et elle apporta une aide précieuse.
Au moment de sa naissance, la lune se levait et le prophète (PSL) qui était en retraite eut l’apparition d’un ange. Son nom lui fuit donné par sa mère en souvenir de sa propre mère qui avait également les cheveux roux. Par la suite, l’enfant fut envoyée dans une tribu bédouine auprès d’une nourrice. Il était de coutume que les gens de la Mecque envoient leur progéniture dans le désert afin qu’ils acquièrent de la vigueur et s’imprègnent des valeurs ancestrales. Quand elle revint à la Mecque, son père Abu Bakr (RA) perçut rapidement sa vivacité d’esprit et sa précocité. Il lui enseigna très tôt les premiers versets révélés qu’elle intégrait parfaitement ainsi que l’histoire des différentes tribus de la Mecque.
Après la mort de Saydatuna Khadija (ra), le Prophète (PSL) vit en rêve l’archange Gabriel (‘alayhi salam) lui présenter une étoffe de soie dans laquelle était enveloppé un enfant. Le Prophète (PSL) lui demanda alors ce que c’était et il lui répondit « Ta femme ! ». En soulevant l’étoffe, il vit le visage de Saydatuna ‘Aicha (ra) et en fut troublé car elle était encore très jeune à ce moment là mais il comprit que c’était un ordre divin et que cela se réaliserait.
Or, quelques difficultés se présentèrent, Sayduna Abu Bakr (RA) avait déjà promis sa fille à Djoubair fils de Mutim Ibn Uddaye.Mais il se rendit à l’évidence que les parents de Djoubair n’avaient pas l’intention d’embrasser l’Islam et il ne pu se résoudre à offrir sa fille à des idolâtres. De plus, Sayduna Abu Bakr (RA) n’avait t-il pas répété plusieurs fois : « O Envoyé de Dieu, mon argent, mes biens et moi même, nous t’appartenons ! »
Le mariage est donc convenu mais pas célébré. En effet, Aicha n’est pas entrée immédiatement dans la maison de son époux, il fallut attendre quelques années afin qu’elle soit prête physiologiquement et qu’elle ait atteint la maturité suffisante pour faire face à ses nouvelles responsabilités. De plus, le prophète (PSL) n’avait pas l’argent nécessaire pour la dot de sa future épouse, un jour, Sayduna Abu Bakr (RA) vint le voir et lui demanda :
« Messager d’Allah, pourquoi ne prends tu pas ta femme dans ta propre maison maintenant ? »
« Je n’ai pas d’argent pour payer la dot ! » répondit le Prophète (PSL).
« Tu peux m’emprunter l’argent. » dit Abu Bakr qu’Allah l’agrée.
Sayduna Muhammad (PSL) lui emprunta ainsi cinq cents dirhams et envoya l’argent à Saydatuna `Aïcha (ra). Et c’est ainsi que peu de temps après l’arrivée à Médine qu ‘Aicha entra dans la maison du prophète (PSL) et qu’ils se marient de la manière la plus simple qui soit, sans fastes avec les membres de la famille. Le Prophète (PSL) l’installa ensuite dans sa maison, une pièce faite de boue avec un toit en chaume et un ameublement rudimentaire, mais cette demeure partageait la cour de la Mosquée, ce qui permis à Saydatuna Aicha par la suite de bénéficier d’un enseignement islamique fécond et d’être aux premières loges des grands évènements politiques des débuts de l’Islam.
De plus, elle acquit de grandes connaissances en matière d’Islam, grâce d’une part à une intelligence et à une mémoire très vives et d’autre part à une soif de savoir. Elle questionnait très souvent le Prophète (PSL) sur divers sujets ce qui soulevait des points importants. Par exemple, un jour elle demanda : « Ô Messager d’Allah, les femmes devraient-elles aller aux champs de bataille, tout comme les hommes ? »
« Non, le Pèlerinage est suffisant pour elles ! » répondit le Prophète (PSL).
Au sujet du mariage, elle lui posa la question suivante: « Messager d’Allah, le consentement d’une femme est-il nécessaire avant le mariage ? »
« Oui! », fut la réponse. « Mais les filles sont généralement trop timides pour exprimer leur consentement ! », continua Aicha. « Leur silence traduit leur consentement », expliqua le Prophète (PSL).
Elle mémorisait toutes les sourats du Coran et s’imprégnait de chacun des enseignements de son époux si bien que peu de compagnons pouvaient prétendre l’égaler en terme de compréhension du Coran et de la Sunna.
II. Événements marquants de sa vie
1) La diffamation :
Au retour d’une expédition, le Prophète (PSL) accompagné de ses compagnons et d’Aicha (ra), décida d’une halte pour la nuit.Le lendemain, au moment de lever le camp, elle s’éloigna pour ses besoins naturels, or on hissa son palanquin sur le chameau sans s’apercevoir qu’elle n’était pas à l’intérieur.
A son retour, la caravane était partie, elle s’allongeât alors sur le sol en attendant qu’on lui porte secours. Safwan Ibn al-Mu’attal as-Salmi qui était resté en retrait pour d’autres affaires la trouva sur sa route et la fit monter sur son chameau pour la ramener à Médine.
Mais suite à cet événement, la rumeur se répandit dans la ville, remettant en question la chasteté de l’épouse du prophète (PSL) ce qui lui causa un immense chagrin car malgré tout ce qu’elle pouvait dire, aucun élément ne pouvait formellement l’innocenter.
Il fallut une révélation pour que la calomnie cesse et qu’Aicha soit définitivement lavée de tous soupçons :
* « Ceux qui sont venus avec la calomnies sont un groupe d´entre vous. Ne pensez pas que c´est un mal pour vous, mais plutôt, c´est un bien pour vous. A chacun d´eux ce qu´il s´est acquis comme pêché. Celui d´entre eux qui s´est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment.
* Pourquoi, lorsque vous l´avez entendue [cette calomnie], les croyants et les croyantes n´ont-ils pas, en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n´ont-ils pas dit: « C´est une calomnie évidente? »
* Pourquoi n´ont-ils pas produit [à l´appui de leurs accusations] quatre témoins? S´ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont eux, auprès d´Allah, les menteurs. »
*(Coran sourate 24. V. 11-19)
Et par ordre de Dieu, les calomniateurs furent fouettés ainsi que le préconise le verset quatre de la sourate citée plus haut : «
« Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet, et n´acceptez plus jamais leur témoignage. Et ceux-là sont les pervers. »
Dieu condamne ainsi fermement la calomnie pour les conséquences graves que cela peut avoir sur une personne, sa réputation et celle de sa famille ainsi que la souffrance immense que cela peut leur causer.
2) L’ablution sèche :
Lors d’une autre expédition, alors que la caravane devait lever le camp, ‘Aicha (ra) se rendit compte qu’elle avait perdu son collier.
Le Prophète (PSL) prolongea alors la halte et l’on se mit à chercher le collier, or, le temps de la prière était venu mais il manquait d’eau pour faire les ablutions.
Les musulmans inquiets en informèrent le Prophète (PSL) et la révélation vint immédiatement :
Ô les croyants! … Si vous êtes malades ou en voyage, … et que vous ne trouviez pas d´eau, alors recourez à une terre pure (ou sable), et passez-vous-en sur vos visages et sur vos mains. Allah, en vérité est Indulgent et Pardonneur. Coran sourat 4, V.43
La nouvelle transforma aussitôt l’inquiétude des gens en joie. Ils dirent alors : « Ô famille d’Abu Bakr ! Ce n’est pas votre premier don à l’Islam. »
Sayduna Abu Bakr (RA) qui était contrarié par sa fille vint lui dire : « Je n’imaginais pas que tu puisses être la source d’une telle bénédiction pour les musulmans. Grâce à toi, les gens se sont vus accorder une grande facilité ».
3) La bataille du chameau :
Après le décès du Prophète (PSL), les dissensions entre musulmans commencèrent, une révolte s’échafauda sous le califat d’Othman et il fut tué. Afin que les assassins soient punis et que la paix reviennent, Aicha (ra) entrepris avec d’autres compagnons une campagne militaire qui la fit marcher avec une grande armée vers Bassora en Iraq où se trouvait les criminels.
Son armée réussit à prendre la ville et les assassins furent tués mais ce n’était pas le souhait de Sayduna ‘Ali (RA) qui était alors calife, il se souvint d’une parole que Mohammed lui avait dit :
« Quelque chose surviendra entre toi et Aïcha.
- Je serai alors le plus malchanceux des humains ! s’était exclamé Alî (RA)
- Non, mais quand cela arrivera, fais-la retourner à son lieu de sécurité. »
En effet, leurs deux armées s’affrontèrent lors de ce que l’on appelle la bataille du chameau.
Aicha (ra) avait pris part à la bataille à dos de chameau pour tenter de ramener la paix, or le combat était sanglant et meurtrier, les pertes humaines étaient importantes si bien qu’Ali demanda à ses hommes de faire tomber le chameau d’Aicha afin que la bataille cesse. Ils se rencontrèrent alors et se réconcilièrent. De Bassora, Aïcha partit pour la Mecque afin d’accomplir le Pèlerinage. Elle retourna ensuite à Médine, à la porte du Prophète (sws). Elle eut beaucoup de regrets suite à cette expédition car cela avait causé la désunion et la mort de nombreux musulmans. Elle se sentait si honteuse qu’elle ne souhaita pas qu’on l’enterre auprès de son époux car une telle erreur ne la rendait pas digne selon elle d’un tel privilège.
III. L’épouse préférée du Prophète (sws)
Elle était la préférée du prophète pour les dix raisons qu’elle a elle même énoncées :
« J’ai eu dix mérites par rapport aux épouses du Prophète (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui)».
On lui dit «Quels sont-ils Ô Mère des Croyants?». Elle dit:
1- Il n’épousa d’autre vierge à part moi.
2- Il n’épousa aucune autre femme dont les deux parents sont des émigrés.
3- Allah a révélé mon innocence du ciel.
4- Djibrîl (l’Ange Gabriel) lui apporta mon image du ciel dans une étoffe en soie et lui dit : Épouse-la ! Elle est ta femme.
5- Je me lavais avec lui du même récipient et il ne faisait cela avec aucune autre épouses à part moi.
6- Il priait alors que je me trouvais devant lui et ne faisait cela avec aucune autre de ses épouses à part moi.
7- La révélation lui venait pendant qu’il était avec moi, et cela ne lui arrivait avec aucune autre de ses épouses à part moi.
8- Allah prit son âme pendant qu’il était entre ma poitrine et mon cou.
9- Il mourut durant ma nuitée.
10- Et il fut enterré dans ma chambre.
Hadith rapporté par Abû Muhammad.
1)L’amour du prophète :
De nombreux hadiths rapportent l’attachement tout particulier qui liait le Prophète de l’Islam sws à Aicha (ra). Un compagnon du prophète, Amr ibn al-As demanda au Prophète que Dieu l’Agrée: « Messager d’Allah ! Qui aimez vous le plus ? »
« `Aicha », répondit il.
« Ô Messager d’Allah, ma question concernait les hommes. »
« Le père d’ ‘Aicha », dit alors le Prophète.
Uu autre hadith met en évidence cet amour.
Anas ibn Malik a rapporté que le Prophète (sws) a dit : « La supériorité d’Aicha sur les autres musulmanes est comme celle du tsarîd sur les autres mets ». II s’agissait du plat que préférait le Prophète (sws). Cet amour était réciproque, car Aicha (ra) n’hésitait pas à interroger le Prophète sur l’amour qu’il lui portait afin de se rassurer. Une fois elle lui demanda « Comment est ton amour pour moi ? ».
Il lui répondit : « Comme le nœud de la corde », voulant ainsi dire qu’il était fort et sûr. A maintes reprises ensuite elle lui demanda comment était le nœud, il lui répondait : « Toujours inchangé ».
2)La mort du prophète
Aicha (ra ) a rapporté : « II mourut le jour même où c’était mon tour de le recevoir dans mon appartement. Allah recueillit son âme tandis que sa tête reposait entre ma gorge et ma poitrine et ma salive fut mélangée à la sienne. » [Rapporté par Bukhârî]
Aïcha (ra) nous dit encore : « J’étais jeune et je ne comprenais rien. Dans ma stupidité, le Prophète (sws) rendit le dernier soupir dans mes bras et je ne le sus pas. Ce n’est que lorsque les autres femmes présentes se mirent à pleurer que je compris ce qui s’était passé… ». [Rapporté par Bukhârî]
Le Prophète (sws) fut d’ailleurs enterré sur place, dans la chambre de Aïcha, qui continua d’y habiter.
Par la suite, dans cette même chambre furent enterrés sont père Abu Bakr puis Sidna ‘Omar.
Quand ce dernier lui fit parvenir son souhait d’être inhumé près du prophète sws , elle répondit :
« Je voulais que ma tombe soit là. Mais je préfère Omar à moi même ! ».
Ainsi se réalisait le songe qu’elle avait fait où elle voyait trois lunes tomber dans sa chambre.
IV. La moitié de la religion
La dévotion d’Aicha était exemplaire, elle était extrêmement attachée à la prière et au jeun.Elle ne manquait pas non plus la réalisation annuelle du pèlerinage à la Mecque.
Une autre marque de son attachement à Dieu et aux enseignements de son mari était l’aumône faite aux nécessiteux, tout comme lui, elle veillait à ce que le moindre bien reçu fût aussitôt dépensé notamment les pensions versées par les différents Califes après la mort du prophète sws.
Alors qu’elle devait partager son époux avec 8 autres femmes et malgré des dissensions occasionnelles, elle a toujours fait preuve de bienveillance envers elles et les a toujours évoqué en des termes gratifiants. Elle entretenait également de bons rapports avec ses belles filles dont Fatima pour laquelle elle a préparé le mariage.
Elle vécut un demi siècle après la mort du Prophète sws, son rôle principal fut par la suite d’interpréter et de transmettre les enseignements du Coran et de la sunna.
Elle était consultée par tous et notamment par les plus grands savants musulmans de l’époque lorsqu’ils avaient besoin d’un éclaircissement sur tel ou tel sujet. En effet, l’imam At-Tirmidhi a rapporté un hadith d’après Abu Moussaa El Ach‘ari qu’Allâh l’agrée:
«Jamais un hadith ne nous a posé problème nous les compagnons du Messager d’Allah (prière et salut d’Allah sur lui), et dont nous interrogions Aicha sans que nous en ayons trouvé de la science auprès d’elle.»
Ce hadith est authentifié par El Albêni.
Mesroûq Ibn El Adjda qu’Allâh lui fasse miséricorde a dit :
« J’ai vu les plus grands cheikhs parmi les compagnons de Muhammed (prière et salut d’Allâh sur lui )l’interroger au sujet de (la science de) l’héritage».
Et il avait pour habitude, quand il citait des hadiths rapportés par Aicha, de dire :
«La Véridique, fille du Véridique, la bien-aimée du bien-aimé d’Allâh, l’innocentée d’au-dessus de sept cieux m’a cité ce hadith… [Et il le mentionne à son tour]».
Et l’imam Ibn Kathîr (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit :
«De toutes les nations, il n’y avait pas une femme qui pourrait être l’égale de ‘Aicha, que ce soit dans sa mémorisation, sa science, son éloquence ou sa raison.»
Sa maison devint une école où elle accueillait les enfants de Médine. Elle portait une attention toute particulière aux orphelins à qui elle enseignait et en a même adopté plusieurs.
Aicha As Siddiqa (la Véridique) mourut à l’âge de 67 ans le 17 ème jour de Ramadan et fut enterrée dans le cimetière de Médine selon sa volonté.
Son impact religieux, social et politique furent majeurs alors même qu’à l’avénement de l’Islam, les droits des femmes n’étaient pas reconnus, ce qui souligne bien la volonté de Dieu (exalté soit-Il) de restituer à la femme toute sa dignité et sa valeur singulière et d’instaurer pour elle une position de choix dans cette nouvelle société.
Comme le disait le Prophète sws, nous lui devons la moitié de la religion tant son enseignement fut prolifique, précis et d’une portée immense.
Elle a été le témoin privilégié de la révélation et de la vie intime de notre bien aimé Prophète (sws).
Sa contribution est donc incontournable pour qui veut connaître l’Islam et sa qualité de femme et d’épouse du Prophète (sws) en fait un exemple inestimable pour chacune d’entre nous.
