Les origines du Soufisme

Il est important d’exposer en préambule les origines du soufisme qui est présenté comme étant une hérésie se situant en dehors de l’Islam enseigné par le Prophète – paix et salut sur lui -.

En effet, à L’époque du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) et des Compagnons, le mot « Tassawuf » ou soufisme n’existait pas car il n’était pas lié à une discipline distincte et était présent en tant que spiritualité vivante qui représentait le cœur même de l’Islam.

Le mot « Tassawuf » ou soufisme n’existe pas d’ailleurs dans les textes scripturaires. Cette science a été désignée sous d’autres noms qui renvoient au même contenu. Le Coran a appelé cette science « Tazkiya » (purification de l’âme) dans le verset : « Et par l’âme et celui qui l’a harmonieusement façonnée, et lui a inspiré son immoralité de même que sa piété. A réussi celui qui la purifie et a perdu, certes, celui qui la corrompt » (Ach-chams, 7). Le Prophète paix et salut sur lui l’a appelé la station de l’excellence et l’a défini ainsi : « L’excellence est le fait d’adorer Dieu comme si tu Le voyais car si tu ne Le vois pas, Lui, certes, te voit ».

C’était donc une réalité sans nom qui se pratiquait dans le quotidien des Compagnons grâce à l’initiation du Prophète paix et salut sur lui « le modèle vivant ». Il importe de signaler, à ce propos, que toutes les sciences islamiques partagent ce dénominateur commun. En effet, à l’époque du Prophète paix et salut sur lui, les sciences n’avaient de nom : On ne parlait pas de Fiqh (jurisprudence islamique), d’Aqida (théologie ou croyance) ou encore de nahw (grammaire arabe) ou de Îlm Al Hadith (science de Hadith). Ces sujets faisaient partie de la vie quotidienne du Prophète – – paix et salut sur lui – – avec ses Compagnons sans avoir une dénomination particulière. Plus tard, la diffusion de l’Islam dans des contrées éloignées, à la fin du deuxième siècle de l’Hégire, était à l’origine de la création de disciplines distinctes avec, pour chacune d’elles, un nom et des règles qui la régissent dans le but de préserver ces sciences et revoir leur contenu à la lumière de l’héritage prophétique. Le soufisme ne fait pas exception à cette règle. Ibn Khaldoun affirme en effet : « Cette science fait partie des sciences religieuses contingentes de l’Islam. Elle trouve son origine dans l’action et le comportement des pieux prédécesseurs, Compagnons et premiers successeurs, […] Lorsque l’amour du bas monde a commencé à prendre le dessus à partir du IIème siècle de l’Hégire, les personnes consacrées à l’adoration d’Allah ont été nommées Soufis » (2).

Par ailleurs, les gens du banc (Ahlou Assouffa), considérés historiquement comme les premiers soufis qui se réunissaient dans des assemblées d’invocations, ont reçu la bénédiction du texte coranique :
« Fais preuve de patience (en restant) avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie sur terre. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel (à l’invocation de Dieu), qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier » (Al Kahf, 28).

Ainsi, le Prophète paix et salut sur lui a reçu l’ordre divin de s’allier à ce groupe de Compagnons mecquois et d’invoquer Dieu avec eux. Les gens du banc (Ahlo Assouffa) (qui d’après certains historiens musulmans sont à l’origine du mot soufi) étaient une formation de Compagnons d’origine étrangère (à l’Arabie) comme Bilal Alhabashî, Salmâne le Persan, Sohaïb Al-Roumi….

Toutefois, Sidna Ali puisse Allah honorer son visage (mort en 56 H ou 666 apr. J.-C.), cousin, gendre et grand Compagnon du Prophète est considéré comme le point de départ des principales chaînes de transmission de l’héritage spirituel du Messager de Dieu. Les savants se justifient à ce titre du Hadith du Prophète paix et salut sur lui où il dit « Je suis la cité de la science et Ali est sa porte » (Rapporté par Tirmidhi) ou « Je suis la cité de la sagesse et Ali est sa porte » selon une autre version rapportée par Abu Naîim. Ce Hadith a été qualifié comme Hassan par Al Hafidh Ibn Hajar et comme authentique (Sahih) par Ahmed Ben Seddik qui lui a consacré un livre intitulé « Fath Al Malik Al âliy Fi Sihat Hadith bab madinati al îlm Ali » (3). Il importe de signaler à ce niveau que Sidna Ali -puisse Allah honorer son visage- n’a pas rapporté beaucoup de Hadith à l’image d’Abu Hurayra ou de notre mère Aïcha qu’Allah les agrée, ce qui laisse supposer que le Hadith parle bien de la science de la connaissance divine et non la science livresque et exotérique (4).

A noter également dans le registre des initiateurs de cette transmission Anass bnou Mâlik, éminent Compagnon du Prophète paix et salut sur lui (mort en l’an 93 de l’hégire) et Salmâne Alfârisî (ou Salmâne le Persan) (mort en 36 de l’hégire). D’autres Compagnons avaient adopté également un comportement basé sur le combat de l’âme charnelle et le détachement du bas monde, à l’instar des trois autres califes bien guidés ou encore le Compagnon ascète Abu Dhar Al Ghifari ().

 

 

Références : 

(3) A. lissan Al Haq, Al Haqiqa Al qalbiya Assoufia, Ed. 1999, p. 400.
(4) On oppose la science exotérique (Ilm Zahir) à la science ésotérique (Ilm Al Batin). Le premier s’intéresse aux dispositions de la Charia et du dogme auxquelles on accède par la lecture et l’apprentissage et le second s’intéresse à la connaissance divine à laquelle on accède par l’effort spirituel (combat de l’ego) et le Compagnonnage d’un maître véridique
(5) Pour plus de détails, voir livre « Al Haqiqa Al qalbiya Assoufia » du docteur A. lissan Al Haq (à partir de la page 398).