Comment comprendre les textes, exemple du hadith du Groupe

L’utilisation des textes scripturaires

Les textes scripturaires (Coran, Hadith) sont des sources indéniables en matière de droit qui permettent de tirer les enseignements, d’extraire les règles juridiques et de juger de la conformité d’une pratique par rapport à la Charia.
Cependant, l’utilisation de ces textes doit se faire en connaissance de certaines règles précises qui constituent ce qu’on appelle « Usûl Al Fiqh » ou les fondements du droit musulman. Il s’agit d’une science à part entière qui se réfère à l’ensemble des outils déterminant la manière d’utiliser les textes scripturaires pour extraire les règles comme par exemple le fait de faire prévaloir certains textes par rapport à d’autres lorsqu’ils ont l’air de s’opposer. La compréhension de ces règles est indispensable avant de juger une pratique d’obligatoire, interdite, innovante… Nous conseillons le lecteur assoiffé de consulter un ouvrage de référence en la matière « Waraqât » () de l’Imâm Juwayni (surnommé Imâm de Haramayn), où il expose les différents concepts à maîtriser en la matière :

    • Les statuts juridiques (Ahkâm) : L’obligatoire, le recommandé (mandûb), le permis, le détestable et l’interdit
    • Les catégories du discours et les différents types de formulation
    • Le général et le particulier (âmm wa khâss)
    • L’absolu et le relatif (al moutlaq wa al muqayyad
    • L’abrogeant et l’abrogé (nâssikh wa mansûkh)….

Afin d’illustrer cette nécessité de maîtriser ces règles de fondements du droit musulman, nous pouvons citer, à titre d’exemple, ce fameux Hadith qui fait l’objet de quelques incompréhensions :

Le Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) a dit : « les Gens du Livre (les Chrétiens et les Juifs) se sont divisés en soixante-douze groupes, et ma communauté se divisera en 73 groupes, tous sont au Feu, sauf une, qui est la Jamâ’ah (Le Groupe) ». Ce Hadith a été cité selon d’autres versions.

Force est de constater qu’un bon nombre de gens utilisent ce Hadith pour s’autoproclamer être le groupe épargné (jamâ’ah) et rejeter les autres qui seraient ainsi en enfer !
Cette interprétation, qui ne peut être assimilée nativement, pose la problématique de s’opposer avec plusieurs autres Hadiths qui viennent affirmer que toute la communauté des musulmans aura sa place au paradis. Nous nous limiterons à quelques-uns.

Le Prophète paix et salut sur lui a en effet dit : « Il n’y a pas eu une communauté sans qu’une partie d’entre elle soit au Feu et une partie soit au Paradis sauf pour ma communauté, car elle est tout entière au Paradis » (Rapporté par al-Khatib al-Baghdadi selon Ibn ’Omar (qu’Allah l’agrée) – Hadith classé authentique (sahih)).

Il a dit également : « Ma communauté est une communauté bénie, elle n’a pas de châtiment au Jour dernier, car son châtiment est dans ce monde à travers les épreuves, les tremblements de terre, les guerres et les calamités » (Rapporté par Abou Daoud, Tabarani, al-Hakim, Baïhaqi selon Abou Moussa (qu’Allah l’agrée) – Hadith classé authentique (sahih)).
Le Prophète paix et salut sur lui dit aussi : « Je jure par Allah que je n’ai pas peur que l’association (chirk) vous touche après moi, mais j’ai peur que vous vous enviez et que vous vous combattiez pour les fortunes du monde. » » (Rapporté par l’Imam al-Bûkhârî – numéro 3596 – Hadith classé authentique (sahih).
Il a rajouté également selon une tradition rapportée par Anas Ibn Mâlik : « Celui qui affirme qu’il n’y a de Dieu qu’Allah (Lâ ilaha illa lah » rentre au paradis » (Rapporté par Bukhârî).
Comment donc concilier entre ces Hadiths et le Hadith du « groupe sauvé » précité ?

La maîtrise de la grammaire arabe et des fondements du droit trouve, dès lors, tout son intérêt. En effet, le terme communauté « Umma » cité dans le Hadith, renvoie généralement à deux notions différentes :

    • Une communauté à laquelle le message prophétique est adressé. On parle d’une communauté d’appel (Ummatu Daa’wa) ;
    • Une communauté qui a favorablement accepté ce message. On parle d’une communauté d’acceptation (Ummatu Istijâba).

Le Hadith en question fait allusion plutôt à la communauté à laquelle le message prophétique a été adressé et qui englobe l’ensemble des créatures, Dieu dit à cet effet : « Et nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour tout l’univers » (Al anbiyaa, 107) et de rajouter dans un autre verset en s’adressant au Prophète « Dis : Ô gens je suis le Prophète de Dieu pour vous tous » (Al aa’râf, 158).

Le sens de ce Hadith est donc différent et veut simplement dire que la communauté à laquelle le Prophète paix et salut sur lui a été envoyé (musulmans, gens du livre, mécréants et toutes les créatures…) se divisera en 73 groupes et qui seront tous en enfer sauf celle qui a favorablement donné suite à son message.

Nous trouverons également une illustration parfaite de la nécessité de maîtriser les fondements du droit, dans le Hadith du voyage autorisé pour les trois mosquées (cf. plus de détails dans le chapitre « la visite des saints »).