Quelques notions à retenir

La validité originelle

Ce principe de validité originelle (Ibaha Assliya) représente un des fondements principiels du droit musulman.
« Le statut originel de toute chose est la validité » (Al aslu fi al achyâa’ al ibâha). Ainsi formulé, ce principe veut dire que toute chose sur laquelle la Sharî’a garde le silence n’a pas d’autre statut que la licéité pourvu qu’elle n’altère pas un fondement établi ou enfreint un interdit explicite.

Al Sarakhsi, haute figure de la jurisprudence islamique, commente : « Pour toute chose occultée, le statut légal est la licéité originelle. En d’autres termes, si chaque mot de la loi a un sens, l’absence d’un mot en a aussi. Et si l’homme n’a pas à transgresser la parole de Dieu, il n’a pas non plus à combler le silence de Dieu car tout ce qui énoncé comme tout ce qui est tu, fait partie de la volonté divine ».

Cela dit, prétendre qu’une pratique est illicite pour la simple raison que la Sharia n’en aurait pas parlé, est un raisonnement inadmissible car l’absence de preuve n’implique pas l’absence de la chose prouvée comme affirment les spécialistes de la jurisprudence musulmane (Voir Alhawi lilfatawa de l’Imam Souyouti par exemple pour comprendre cette notion).

Il en résulte que c’est à la personne qui dénie la validité d’une pratique qu’incombe le devoir de le prouver car, en l’absence de preuves, le statut reste la validité tant que cette pratique ne vient pas enfreindre une limite explicite posée par la religion.

Les objectifs et les moyens

La Sharia recouvre deux aspects fondamentaux qui sont liés : Les objectifs et les moyens. Les spécialistes de la jurisprudence énoncent la règle suivante :
« Le statut des moyens rejoint celui des objectifs qui en résultent ». Les objectifs sont les finalités de nos pratiques. Les moyens, eux, servent à accomplir ces pratiques.

Le soufisme a pour finalité suprême la connaissance divine qui constitue la raison d’être même de la création. En effet, Abdulah Ibn Abbas, l’interprète du Coran, qu’Allah l’agrée a dit au sujet du verset « Je n’ai créé les humains et les Djins que pour m’adorer » (Addhâriyât, 56), que « m’adorer » signifie ici « me connaître ». Face à cette finalité sublime, tout moyen d’y parvenir ne peut être que noble et louable. Evidemment, ce moyen ne doit pas pour autant être explicitement interdit par les textes. En vérité, un tel moyen ne saurait en aucun cas permettre d’atteindre cette connaissance divine. Ce principe trouve des applications multiples dans la pratique soufie. On cite l’exemple du chapelet (soubha). En effet, même si des textes authentiques prouvent la licéité de la soubha, il est utile de rappeler qu’il s’agit avant tout d’un simple moyen de compter, tandis que l’objectif est la mention d’Allah, atteindre Sa présence et gagner Son amour et Son agrément. La licéité d’utiliser un tel moyen ne saurait, de ce fait, être remise en question.

La Fatwa du spécialiste

Chaque science a des spécialistes qui ont étudié ses principes et, pour certaines sciences gustatives comme celle du Soufisme, qui l’ont expérimentée en appliquant ses règles. Ces spécialistes sont les plus à même de parler de cette science et de rendre compte de son intérêt, ses limites ou encore son inutilité.

Ceux qui ne connaissent pas cette science, en ignorent les principes et les objectifs, ne peuvent se prononcer sur sa validité. Il est dit que « celui qui ignore quelque chose en devient l’ennemi ».
Il est ainsi inconcevable de s’adresser à des personnes non initiées pour les interroger sur l’authenticité de cette science qu’est le Tasawwuf, même si ces personnes sont des savants et des érudits dans d’autres domaines religieux ! On parle alors de la Fatwa du spécialiste à qui il faut s’adresser. C’est ainsi que Imâm Châtibî (7) a dit : « Les soufis sont une preuve dans leur science ».