L’autorisation dans le dhikr

La demande d’autorisation ou de permission fait partie des principes fondamentaux du cheminement vers Allah le Très Haut. A l’époque du Prophète paix et salut soient sur lui, elle faisait partie des bonnes convenances que les Compagnons observaient dans le cadre de sa compagnie. Allah dit dans le Coran : « Les vrais croyants sont ceux qui croient en Allah et en Son Messager, et qui, lorsqu’ils sont en sa compagnie pour une affaire d’intérêt général, ne s’en vont pas avant de lui avoir demandé la permission. Ceux qui te demandent cette permission sont ceux qui croient en Allah et en Son Messager. Si donc ils te demandent la permission pour une affaire personnelle, donne-la à qui tu veux d’entre eux ; et implore le pardon d’Allah pour eux, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux » (An-nûr, 62). Le Coran rappelle une seconde fois le sujet de demande d’autorisation quand il s’agit des convenances à respecter dans les assemblées du Prophète paix et salut soient sur lui. Allah dit : « ô vous qui croyez ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu’une invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson. Mais lorsqu’on vous appelle, alors, entrez. Puis, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous rendre familiers pour causer » (Al Ahzâb, 53).

Dans ce chapitre, il est question d’autorisation dans la pratique du Dhikr. Cette autorisation est donnée par un maître éducateur au disciple souhaitant cheminer vers Allah le Très Haut (cf. ci-dessous, p. 33 pour la notion du maître). Concrètement, le cheminant ne choisit pas lui-même des formules d’invocation, même si elles trouvent une source dans les recueils de Hadiths authentiques, mais il s’en remet à un maître expert qui lui prescrit les invocations ainsi que le nombre à respecter. C’est le sens que recouvre la notion d’autorisation.

Le concept d’autorisation a été expressément cité dans le Hadith rapporté par Tirmidhi et Abu Dawud où Omar Ibn Al Khattab dit : « J’ai demandé l’autorisation au Prophète paix et salut soient sur lui pour accomplir la Ômra et il me l’a autorisée. Puis, il m’a dit : Ne nous oublie pas de tes prières, cher frère. Ainsi, il m’a dit une parole que je ne suis pas prêt à échanger contre tous les biens du monde ». Ce Hadith prouve que Sayiduna Ômar a été conscient de l’importance de l’autorisation dans les pratiques religieuses même s’il s’agit d’une sunna prophétique. De plus, l’accord donné par le Prophète paix et salut soient sur lui prouve que l’accomplissement de la Ômra était réellement tributaire de son approbation.

La demande d’autorisation dans les pratiques religieuses se justifie particulièrement pour les actes surérogatoires qui sont par nature illimités et dont le nombre n’est pas précisé dans le Coran ou dans la tradition prophétique. De tels actes requièrent la consultation d’un expert qui recommande la dose nécessaire adaptée à la fois à l’aspiration et à la capacité de chacun. L’invocation de Dieu est un exemple typique de ces actes. En effet, Dieu le Très Haut a ordonné à plusieurs reprises dans le Coran de l’invoquer en abondance sans que cette abondance soit quantifiée. Seul un expert est capable de prescrire le nombre suffisant qui traduit cette abondance et qui permet de se prémunir du manque d’invocation qui caractérise les hypocrites. Dieu a, en effet, qualifié les hypocrites en disant : « Certes les hypocrites trompent Dieu et Dieu les a trompés et s’ils se lèvent pour la prière ils la font avec paresse et ostentation et ils n’invoquent Dieu que très peu » (Annisâa, 142), et le Prophète paix et salut soient sur lui de rajouter « Celui qui invoque Dieu en abondance, s’est préservé de l’hypocrisie » (Rapporté par Tabarani).

Ainsi, à son époque le Prophète paix et salut soient sur lui était bel et bien cet expert qui recommandait à chacun de ses Compagnons les formules d’invocation et le nombre suffisant qui leur permettait de purifier leurs cœurs et de se prémunir de l’hypocrisie, sans pour autant leur faire subir ce qu’ils ne pouvaient pas supporter.

C’est à ce titre que notre mère Aïcha, qu’Allah l’agrée, a dit : « Quand le Prophète – paix et salut sur lui – ordonnait à ses Compagnons des actes, il leur ordonnait ce qu’ils étaient capables d’accomplir » (Rapporté par Al Bûkhârî). Cette faculté de recommander, avec précision, la dose nécessaire à respecter pour des actes surérogatoires, qui sont de nature illimitée, requiert une forte clairvoyance et une pédagogie éducative qui appartenait au Prophète paix et salut soient sur lui de son vivant et qui a été transmise à ses successeurs que sont les maîtres éducateurs investis de la mission d’éducation des âmes.
Pour preuve, les exemples d’autorisation dans la pratique du Dhikr par le Prophète – paix et salut sur lui – ou ses Compagnons abondent les recueils de Hadith et les récits des Compagnons qu’Allah les agrée.

Ainsi, nous trouvons par exemple que le Prophète paix et salut soient sur lui, demanda une fois à ses Compagnons : « Est-ce parmi vous des étrangers ? », ils répondirent « Non » et le Prophète paix et salut soient sur lui, leur demanda : « levez vos mains et dites La Ilaha Ila Lah » et ils levèrent leurs mains avant que le Prophète -paix et salut sur Lui- baisse sa main et qu’il dise « Louange à Dieu ; Ô toi qui m’as envoyé avec cette parole et m’as ordonné de L’invoquer et m’as promis, par elle, le paradis. Ô Toi qui ne manque pas à ses promesses ». Et il leur dit « Soyez contents car Dieu vous a pardonné » (Rapporté par Al Ha’kim dans le Moustadrak).

An’nassai’i a rapporté également que Abdullah Ibn Jaâfar a autorisé ses filles à invoquer ces paroles :
« Il n’y a de Dieu qu’Allah le Clément, le Généreux. Gloire à Lui. Béni soit le Seigneur des univers et le Seigneur du trône immense. Louange à Dieu Seigneur des univers (La Ilaha Ila Lah Al Halim Al Karim, subhanah, tabaraka Lahu rabbu lâalamine, wa rabbu lâarchi lâadhim wa lhamdu lillahi rabbi lâalamine) ». Et il rajoute que ces paroles lui ont été enseignées par Ali -puisse Allah honorer son visage- t que ce dernier a dit que le Prophète – paix et salut sur lui – avait coutume de les réciter quand il faisait face à un problème ().

Tabarani a rapporté par ailleurs dans « Al awssat » que Ali -puisse Allah honorer son visage- enseignait (donnait l’autorisation dans) la prière sur le Prophète — paix et salut sur lui — aux gens selon une formule particulière citée dans la fameux livre de la prière sur le Prophète — paix et salut sur lui — « Dala’il Al Khayrat » (signes des bienfaits) de l’Imâm Al Jazouli ().
On rapporte également que le Compagnon Ibn Massôud qu’Allah l’agrée disait : « Si vous priez sur le Prophète – paix et salut sur lui -, excellez-y car il se peut que cette prière lui soit exposée. Dites : Ô Dieu consacre Tes prières, Ta miséricorde et Tes bénédictions au Seigneur des envoyés, l’Imam des pieux et le sceau des Prophètes, Mohamed Ton serviteur et Ton Prophète… » (Cité par Ibn Majah dans « Sunan » et Al Qadhi I’yadh dans « Chifa »).

Quant à l’autorisation du dhikr selon un nombre précis, nous trouvons des histoires où le Prophète — paix et salut sur lui — a prescrit un nombre d’invocations précis à ses Compagnons comme l’histoire du Prophète avec sa fille Fatima, que la paix soit sur elle, qu’il chérissait énormément. L’histoire nous apprend que le Prophète – paix et salut sur lui – a prescrit une invocation selon un nombre prescrit à sa fille Fatima – paix sur elle – qui est venue se plaindre à son père au sujet des travaux domestiques contraignants pour elle (). Au lieu de lui proposer un esclave (qu’elle cherchait à avoir) pour l’aider dans ses travaux, le Prophète lui dit « Ne voulez-vous pas que je vous propose mieux que ce que vous avez demandé ? Dites subhana lah trente-trois fois, al hamdulillah trente-trois fois et allahu akbar trente-quatre fois. C’est mieux pour vous qu’un serviteur » Rapporté dans l’authentique de Bukhârî.

L’autorisation du maître éducateur s’avère également indispensable en ce sens qu’elle permet d’avoir un raccourci permettant de cheminer rapidement vers Allah exalté soit-il. Sans la présence du maître éducateur, le cheminant souhaitant se conformer à l’ordre divin d’invoquer Dieu pour purifier son cœur, se trouvera dans l’embarras du choix devant la multiplicité des formules d’invocation héritées du Prophète – paix et salut sur lui – et de ses Compagnons. Seul un maître expert permet de palier à ce problème car il autorise à son disciple, parmi les formules héritées du Prophète – paix et salut sur lui -, celles qui répondent à ses aspirations et à sa résolution spirituelle.