Le chant soufi (appelé aussi samâ’) est un ensemble de poèmes et de chants composés par les plus grands saints de l’Islam à travers l’histoire. Les thématiques abordées dans ces poèmes tournent autour de l’éloge du Prophète paix et salut sur lui, l’amour de Dieu et l’amour de ses créatures ainsi que des valeurs nobles qui relèvent de l’éthique humaine universelle.
De tels chants créent chez l’auditoire un rappel et suscitent chez celui qui écoute et qui se trouve en état d’ouverture et de réceptivité spirituelle, des états d’émotion (joie, tristesse, désir…).
Certains Hadiths du Prophète -paix et salut sur Lui- autorisent explicitement l’usage de la poésie.
Selon Ibn K’ab, l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) a dit : » Certes, il y a une sagesse dans certaines poésies » (Hadith rapporté par Bukhârî et Muslim).
On Cite aussi le hadîth de notre mère Aïcha qu’Allah l’agrée rapporté dans le Sahîh Al-Bukhârî où les Abyssins chantaient et dansaient en présence du Prophète (paix et salut sur lui) et celui-ci se contenta seulement de demander : Que disent-ils ? On lui répondit : ils disent : « Muhammad est un serviteur vertueux ». Ce faisant, le Prophète paix et salut sur lui a approuvé le chant et la danse des Abyssins du moment où leur chant faisait son éloge.
Sa’id Ibn al-Musayyab qu’Allah l’agrée rapporte : Umar passa dans la mosquée au moment où Hassan (petit-fils du Prophète paix et salut sur lui) chantait. Il le regarda d’un œil désapprobateur. Hassan dit : « J’ai déclamé mes vers en présence de quelqu’un de meilleur que toi (c’est-à-dire le Prophète). Puis, il se tourna vers Abû Hurayra et dit : »Par Dieu ! N’as-tu pas entendu l’Envoyé de Dieu me dire : « Réponds pour moi, Ô Seigneur ! Soutiens-le par l’Esprit Saint » ? C’est exact, répondit Abû Hurayra » (Hadith rapporté par Bukhârî et Muslim).
Le savant as-Safârînî raconte dans son livre « Ghidâ’a Al albâb fi charh manzûmatu al-âdab » :
« Quand K’ab Ibn Zuhayr est revenu repentant et clama son célèbre poème, l’Envoyé de Dieu (paix et salut sur lui) prit le manteau qu’il portait sur lui et le jeta sur Ka’b. Mu’âwiya aurait souhaité acquérir cet habit pour 10.000 dirhams. Mais Ka’b lui répondit : »Je ne préférerais personne à ce vêtement du Prophète.
Lorsque Ka’b mourut, Mu’âwiya a envoyé à ses héritiers 20.000 dirhams et a récupéré le manteau ».
As-Safârînî tire trois enseignements de cette histoire :
– Il est permis de déclamer de la poésie ;
– Il est permis de l’écouter dans les mosquées ;
– Il est permis de la rétribuer.
Par ailleurs, l’Imam Junayd fut interrogé sur le sujet du samaa. Il a répondu : « Tout ce qui réunit le serviteur avec son Seigneur est licite ».
Dans le même sens, l’Imam Nawawi a dit dans son commentaire de l’authentique de Muslim : »Il n’y a aucun inconvénient à déclamer la poésie à la mosquée si elle chante les louanges de la prophétie et de l’Islam, ou si elle prend la forme de sages sentences ou si elle porte sur les vertus morales ou encore si elle traite de l’ascétisme ou d’autres thèmes de vertu ».
Abû Bakr Ibn al-‘Arabi al-Mâliki, le grand juriste andalou, a dit dans son Tuffatu al-Ahwadhî (t. 2) : »Il n’y aucun inconvénient à déclamer de la poésie dans les mosquées si elle chante les louanges de la religion ».
En conclusion, il importe de préciser que Dieu, dans le Coran, met en garde contre une poésie errante et dévoyée mais aucunement contre l’art poétique lui-même. Allah le Très Haut dit : « Quant aux poètes, ne les suivent que les fourvoyés. Ne vois-tu pas qu’ils brament dans toute vallée et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ? Exception faite de ceux qui croient, effectuent des œuvres salutaires, rappellent Dieu sans trêve…. » (Achua’râa, 224-227). Certains exégètes disent que ce verset a été révélé pour défendre certains Compagnons dont le poète Hassan Ibn Thabit qui ont eu peur quand Dieu a révélé « Quant aux poètes, ne les suivent que les fourvoyés. ». Dieu a, ainsi, mis en exception une partie qui croient en Dieu et surtout qui l’invoquent abondamment.
