Le Chapelet

Le chapelet (ou subha en arabe) est un outil de comptage sous forme de grains, utilisé par les personnes qui invoquent Allah. A l’époque du Prophète paix et salut sur lui, cet outil n’était pas le moyen d’usage pour invoquer Allah (le Très Haut). En particulier, le Prophète paix et salut sur lui se servait de sa main bénie pour invoquer Allah. Le Compagnon Abdallah Ibn Amr Ibn Al Ass qu’Allah l’agrée a en effet dit : « J’ai vu le Messager d’Allah faire le Tasbih avec sa main droite (Il se servait de ses doigts pour compter le nombre d’invocations) ». Rapporté par Abû Dâwûd.

Cependant, l’utilisation par le Prophète paix et salut sur lui de sa main pour l’invocation n’interdit pas l’utilisation de tout autre moyen comme le chapelet notamment en l’absence d’un texte qui l’interdit formellement. Ceci est une application de la règle juridique qui affirme que le statut légal par défaut de toute chose est la licéité en absence d’un ou de plusieurs textes qui viennent en opposition (voir chapitre de la validité originelle en introduction).

Il faut savoir, en effet, que le chapelet est avant tout un moyen qui permet de faciliter et de maîtriser le comptage afin de ne pas être préoccupé par celui-ci et d’être orienté envers Allah le Très Haut. Comme nous l’avons précisé dans l’introduction de ce livre, le statut légal des moyens rejoint celui des objectifs. Ainsi, le chapelet ne peut être aucunement blâmable car il permet de réaliser un acte louable à savoir l’invocation de Dieu. C’est dans ce sens que le grand savant Al Junayd a affirmé, en répondant à une personne qui l’a interrogé au sujet du chapelet : « Un moyen qui nous a permis d’arriver chez Dieu, comment peut-on l’abandonner ? ».

De plus, la légitimité de l’utilisation du chapelet trouve son origine également dans plusieurs Hadiths du Prophète – paix et salut sur lui – ainsi que dans la vie des Compagnons et leurs premiers successeurs.
En effet, selon notre mère Sâfiya qu’Allah l’agrée, il est rapporté que le Prophète paix et salut sur lui entra auprès d’elle et elle avait entre les mains 4000 noyaux avec lesquels elle faisait son ses invocations, il lui dit : « Ô fille de tribu, que fais-tu avec cela ? ». Elle répondit : « Je fais mes invocations avec. ». Il lui dit : « Sache que j’ai invoqué Dieu depuis que je me suis levé de ton lit bien plus que cela ». Elle lui dit : « Apprends-moi Ô Messager d’Allah ». Il dit : « Tu dis : Gloire et pureté à Allah autant que ce qu’Il a créé ». (Rapporté par Tirmidhî, al-Hâkim et Ibn Hibban, qui l’a authentifié). Ibn Jawzi considère qu’il s’agit là d’une approbation du Prophète paix et salut sur lui de l’acte de Sâfiya puisqu’il ne lui a pas interdit l’utilisation des noyaux.

Abû Dawûd, Tirmidhî, Nasaï et al-Hâkim dans leur compilation de Hadîth (‘Sunan’) rapportent d’après une chaîne de garants authentiques que Saâd Ibn Abî Waqqâs et le Messager de Dieu paix et salut sur lui s’étaient rendus chez une femme qui utilisait des noyaux de dattes ou des petits cailloux qui lui servaient de chapelet. Le Prophète paix et salut sur lui, lui a dit : « Je vais t ‘apprendre quelque chose de meilleur pour toi. Dis : ‘Gloire à Dieu autant de fois que le nombre de Ses créatures. Gloire à Dieu autant de fois qu’Il est satisfait de Lui-même. Gloire à Dieu autant de fois nécessaires pour transcrire Ses paroles ». Ibn Abidîne considère que ce Hadith approuve l’utilisation du chapelet car le Prophète a simplement recommandé une pratique plus facile et donc meilleure. « Si le comptage avec les noyaux était détestable, il le lui aurait clairement interdit » dit-il dans sa fameuse « Hachiya ».

Il est rapporté par `Abdu-Llâh fils de l’Imâm Ahmad ibn Hanbal dans le livre Zawâ-id az-Zuhd selon Na’im fils de Mouhraz fils d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée), que son grand-père Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) avait un fil contenant 1000 nœuds et il ne s’endormait pas sans s’en être servi pour l’invocation d’Allah.

Il est rapporté par Abû Dâwûd qu’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) possédait un sac contenant des cailloux ou des noyaux avec lesquels il faisait la glorification (at-tasbîh).
On rapporte que Jâbir a dit qu’une femme a vu Fâtima, fille d’al-Husayn, petit-fils du Prophète, que la paix et la grâce de Dieu soit sur lui, en train d’invoquer en utilisant un fil composé de plusieurs nœuds.

Certes, l’utilisation par le Prophète paix et salut sur lui de sa main pour invoquer Allah est bien établie. Cependant, elle n’interdit pas pour autant l’utilisation de tout autre moyen de comptage et, a fortiori, le chapelet s’avère être plus pratique que la main surtout quand il s’agit d’un nombre important d’invocations.

Les savants, à leur tour, ont approuvé également l’utilisation du chapelet. L’Imam Ibn Taymiyya a, par exemple, dit : « Compter les invocations en utilisant les doigts est une Sunna, le compter en utilisant (le chapelet) les cailloux, les noyaux, ou tout autre moyen, est une chose permise du fait qu’il y avait parmi les Compagnons certains qui le faisaient ».
L’Imam Jalal-al-dîn al-Suyûtî dans son livre ‘al-Minha fî as-subha’ a réuni beaucoup d’informations et de réflexions sur ce sujet. Il cite notamment un hadîth rapporté par Alî qu’Allah l’agrée : « Quel excellent moyen de se souvenir de Dieu que le chapelet ».

Ibn al-Jawzî, le célèbre théologien, a dit également : « Le chapelet est recommandé en se référant au hadîth de Sâfiyya qui glorifiait Dieu en utilisant des noyaux de dattes ou des petits cailloux. Le Prophète paix et salur sur lui a approuvé son procédé. Encore faut-il que son but ne contredise pas son objet ».

Shaykh Mohammed Ibn ‘Allan, dans ‘Al-Futuhât ar-rabbâniya ‘alâ al-adhkar an-nawâwiyya’ écrit : « L’emploi du chapelet se justifie davantage quand il s’agit d’un grand nombre d’invocations qui ne peuvent être faites avec les doigts car ceci empêche d’être orienté envers l’invoqué Allah exalté soit-il ».