S’il est un sujet qui soulève beaucoup de questionnements au sujet de son authenticité jusqu’à être parfois fermement condamné, c’est bel et bien le sujet de l’état spirituel (ou du hâl). Nous présenterons dans ce qui suit quelques éclaircissements en citant les principaux textes scripturaires qui rendent légitime cette pratique spirituelle.
Le hâl (pl. ahwâl) est un état spirituel qui peut se manifester de plusieurs façons (cris, pleurs, mouvements …) se produisant suite à l’écoute du Coran, à l’invocation d’Allah ou encore à l’audition spirituelle (chants spirituels). Cet état n’est, a priori, pas prémédité et il survient d’une manière involontaire. Les traditions nous donnent des exemples de Prophètes ou de Compagnons qui ont eu des états spirituels.
Nous pouvons citer en premier lieu le Prophète Moïse (que le salut soit sur lui) quand il contempla la réalité divine manifestée au mont « Tour ». Dieu dit à cet effet : « Et lorsque Moïse vint à Notre rendez-vous et que son Seigneur lui eut parlé, il dit : « Ô mon Seigneur, montre Toi à moi pour que je Te voie ! ” Il dit : “Tu ne Me verras pas ; mais regarde le Mont : s’il tient en sa place, alors tu Me verras.” Mais lorsque son Seigneur se manifesta au Mont, Il le pulvérisa, et Moïse s’effondra foudroyé. Lorsqu’il se fut remis, il dit : “Gloire à toi ! A Toi je me repens ; et je suis le premier des croyants » (Al aa’râf, 143). L’expression « lorsqu’il se fut remis » montre que le Prophète Moise perdit conscience suite à cet évènement et il ne s’en remit que par la suite, avant de comprendre qu’il était impossible de le voir en réalité, d’où sa demande de repentir.
La vie des Compagnons et de nos pieux prédécesseurs (salaf as-salih) contient également des exemples de manifestations extérieures de leurs états spirituels.
Ali Ibn Abi Talib puisse Allah honorer son visage a dit « J’ai rendu visite au Prophète (Paix et Salut sur lui) avec Ja’far (ibn Abi Talib) et Zayd (ibn Haritha). Le Prophète Paix et Salut sur lui dit à Zayd : « Tu es mon affranchi » (anta mawlay), et Zayd se mit à sautiller sur un pied autour du Prophète Paix et Salut sur lui. Le Prophète Paix et Salut sur lui dit alors à Ja’far : « Tu me ressembles dans ma constitution comme dans mon caractère », et Ja’far se mit à sautiller derrière Zayd. Le Prophète -paix et salut sur Lui- me dit alors : « Tu fais partie de moi et je fais partie de toi » et je me mis à sautiller derrière Ja’far. ». Rapporté par l’Imam Ahmed dans son Musnad (Déclaré comme authentique).
Ali – puisse Allah honorer son visage – a également décrit les Compagnons comme ceci :« Au petit matin, ils avaient les cheveux ébouriffés et ils avaient le teint pâle, ils étaient couverts de poussière et ils avaient des traces de larmes entre les yeux, ils passaient la nuit en étant prosternés et debout, ils récitaient le Livre d’Allah, ils alternaient entre leurs fronts et leur pieds, et au matin, ils invoquaient Allah en se balançant comme se balance l’arbre un jour venteux, et leurs yeux coulaient de larmes au point de mouiller leurs vêtements ; Par Allah ! C’est comme s’ils avaient passé la nuit inattentifs ». L’expression « en se balançant comme se balance l’arbre un jour venteux » est révélatrice de l’état spirituel que vivaient les Compagnons du Prophète -paix et salut sur Lui- qui étaient les plus attachés à Sa Sunna.
Notre mère Aïcha qu’Allah l’agrée rapporte également que le Prophète Paix et Salut sur lui a vu les Abyssins en train de danser dans la mosquée. Dans une autre version, Anas qu’Allah l’agrée rapporte que « les Abyssins dansaient devant le Prophète Paix et Salut soient sur lui. Le Prophète demanda : Qu’est-ce qu’ils disent ? On répondit : Ils disent Muhammad est un serviteur vertueux ». Le Prophète Paix et Salut soient sur lui ne désapprouva pas la danse des Abyssins et cela suffit pour juger de la validité d’un tel acte, la sunna étant en effet constituée de l’ensemble des paroles, des actes et des approbations du Prophète (actes que le Prophète a vus et sur lesquels il s’est tu).
De plus, le Coran nous décrit l’état des croyants, quand ils écoutent le coran, en affirmant : « Et ils tombent sur leur menton, pleurant, et cela augmente leur crainte révérencielle » (Al-Isra, 109).
Par ailleurs, les grandes figures du Hadith et de la jurisprudence musulmane, même ceux les plus rigoureux, ont approuvé le sujet du Hal.
Cheikh Al Islam, Ibn Taymiya, rapporte par exemple dans ses fatâwi : « Lorsque l’Imâm Ahmad fut questionné à ce sujet, il répondit : « On a lu le Coran en présence de Yahiyâ ibn Sa’îd al-Qattân et il s’est évanoui. Et pourtant si quelqu’un était capable de repousser cet état, Yahiyâ ibn Sa’îd l’aurait fait. Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus sensé que lui. » Nous pourrions également préciser qu’une chose similaire est arrivée à l’Imâm As-Shâfi’iy, sans oublier l’histoire de ‘Ali ibn al-Fudayl ibn ‘Iyâd. Autant de gens dont on ne peut remettre en question la fiabilité. » [Recueil des Fatawa, ibn Taymiyah].
Son élève ibn Qayim évoque lui aussi la question du Hâl en disant : « Celui qui se balance dans le but de provoquer un état ou d’obtenir une présence divine, cela est juridiquement valable ».
Et pour conclure, nous pouvons dire que le hâl est, comme son nom l’indique, un état qui n’est pas prémédité et, de ce simple fait, ne peut faire l’objet de questionnements quant à sa validité, surtout s’il survient dans un moment intime que nous partageons avec Allah le Très Haut ! Comment un tel étal peut ne pas être louable ? C’est précisément ce que l’Imâm Ahmed Ibn Hanbal affirma quand on lui dit que les soufis font le samâ` (chants spirituels) et atteignent des états d’extase, il répondit avec ces belles paroles : « Laissez-les se réjouir quelques instants avec Dieu ! ».
