Le Mawlid

Chaque année, à l’approche du mois béni de Rabiî I (mois de la naissance du Prophète paix et salut sur lui), le sujet de la commémoration de la naissance du Prophète paix et salut sur lui ressurgit et suscite un débat sur son statut légal.

Force est de constater que certains considèrent que cette commémoration est une innovation blâmable qui ne fait aucunement partie des actes recommandés par notre religion.

Les grands savants de l’Islam et, particulièrement les soufis, insistent, en revanche, énormément sur la commémoration de cet événement car elle permet de renouveler les sentiments d’amour envers le Prophète paix et salut sur lui. Cet amour qui participe, en effet, à la perfection de la foi selon ce que Muslim et Bûkhârî ont rapporté dans le Hadith du Prophète paix et salut sur lui où il dit : « Aucun d’entre vous n’a véritablement la foi, à moins qu’il ne m’aime plus qu’il n’aime son père, ses enfants et tous les hommes ». Les Compagnons n’avaient pas besoin de fêter sa naissance car il était encore parmi eux. De nos jours, cette commémoration est d’autant plus indispensable que nous nous sommes de plus en plus éloignés de son enseignement et des valeurs nobles qu’il a tâchées de transmettre.

D’abord, il importe de préciser que le Prophète paix et salut sur lui a été, lui-même, le premier à avoir fêté sa naissance. En effet, Muslim a rapporté dans son authentique que le Prophète paix et salut sur lui faisait le jeûne chaque Lundi. Quand le Prophète a été interrogé sur cela, il a répondu en disant : « C’est un jour où je suis né ». Ainsi, le Prophète paix et salut sur lui commémorait le jour de sa naissance par le jeûne. La commémoration peut être également effectuée par toute sorte d’adoration comme l’invocation de Dieu et la prière sur le Prophète paix et salut sur lui, ainsi que la lecture du Coran et la récitation de sa biographie et de ses nobles qualités.

Ensuite, Allah le Très Haut a ordonné aux croyants à travers le Prophète – paix et salut sur lui – de célébrer sa naissance. Il a dit en effet : « Dis : Ceci provient de la grâce d’Allah et de sa miséricorde ; Voilà de quoi ils devraient se réjouir. C’est bien mieux que tout ce qu’ils amassent » (Yûnus, 58). Ibn Abas, l’interprète du Coran, qu’Allah les agrée a dit : la grâce d’Allah est la science et sa miséricorde est le Prophète sayiduna Mohamed paix et salut sur lui. Dieu dit, en effet : « Nous ne t’avons envoyé qu’en tant que miséricorde pour les univers » (Al Anbiyâa, 117). Ceci est une injonction claire de Dieu pour se réjouir de la miséricorde de Dieu que représente le Prophète – paix et salut sur lui – et la commémoration de sa naissance en est une modalité.

Dans un autre Hadith, Bûkhârî rapporte une longue histoire selon laquelle ’Abû Lahab fut si heureux par la naissance du Messager paix et salut sur lui qu’il affranchît Thuwaybah son esclave quand elle lui annonça la bonne nouvelle et que pour cela Allah allège son châtiment en Enfer chaque Lundi (le jour de sa naissance). Ibn Jazri, en commentaire de ce Hadith, dit : « Si un mécréant qui a été condamné dans le Coran, est rétribué chaque Lundi pour avoir été heureux de la naissance du Prophète paix et salut sur lui, qu’en est-il alors du musulman ? ».

Le savant (hafidh) Shamsuddîn Muhammad Ibn Nâsir dit également dans ce sens : « Si pour un mécréant condamné dont les deux mains en Enfer périront éternellement, il est établi que le jour du lundi le châtiment lui sera allégé pour sa joie pour Ahmad, que penser alors du serviteur qui, toute sa vie, fut heureux par Ahmad et mourut monothéiste ? ».
D’autres éminents savants ont émis des avis favorables quant à la naissance du Prophète paix et salut sur lui.

l’Imâm As-suyutî écrit : « Célébrer l’anniversaire de la naissance du Prophète paix et salut sur lui pour se réunir, réciter des passages du Coran, raconter les histoires concernant la naissance du Prophète et les signes qui l’ont accompagné, servir de la nourriture, est une bonne innovation ; et celui qui y participe recevra une récompense parce que cela implique la vénération du Prophète et permet d’exprimer de la joie pour son honorable naissance. »

Dans le même sens, Ibn Taymiyya considère que : « même s’il n’y avait aucune raison pour célébrer le Mawlid, il n’y aurait aucune raison contre sa célébration » [(Majma’ Fatawi Ibn Taymiyya) Vol. 23, p. 163]. Et de rajouter que : « si l’intention est bonne cette célébration peut même être méritoire ».
Nous renvoyons le lecteur assoiffé à retrouver plus de détails dans un livre de l’Imam As-suyutî intitulé « Husn al Maqssid fi âmali lmawlid » où il décrit parfaitement les tenants et les aboutissants du sujet du Mawlid.